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Conseils
pratiques pour entreprises high-tech / Real-world advice for
high-tech companies
enews du 26NOV02
Bull à la croisée
des chemins : une "restart-up" de 8 500 personnes
?
par Cedric Thomas
FronTier Associates
Copyright © 2002
Les faits : la reprise en main
Pierre Bonelli est arrivé à la
tête de Bull début 2002 et a découvert
une entreprise qui, selon lui, n'était pas bien gérée.
Par exemple, il y avait beaucoup trop d'autonomie laissée
aux managers à tel point que la direction générale
avait perdu le contrôle de l'entreprise, ou encore les
dépenses de SG&A étaient devenues supérieures
à 30 % du chiffre d'affaires alors que des constructeurs
comme Dell, HP ou IBM ont des dépenses de SG&A
comprises entre 9 et 20 %. Heureusement, Bull présentait
de réelles forces, des compétences techniques
(dans le design de processeurs, dans l'architecture des systèmes)
et une base de grands clients satisfaits.
Les premières mesures ont consisté
à traiter cette situation avec urgence sur deux fronts,
les finances et le management. Pierre Bonelli a pris en direct
le contrôle de toutes les dépenses (jusqu'à
approuver personnellement l'attribution des téléphones
portables ou les billets d'avion !) et a sabré dans
le management. Les charges ont été ajustées
essentiellement par une réduction des effectifs de
l'ordre de 2 000 personnes. Bull prévoit une nette
amélioration de sa situation économique puisque
le résultat d'exploitation doit passer de -151 millions
d'euros au premier semestre à +2 millions au second
semestre pour un chiffre d'affaires de 1,5 milliard d'euros
sur l'ensemble de l'exercice 2002.
Sur le plan stratégique, en réponse
à ceux qui pensait qu'il allait transformer Bull en
société de services parce qu'il venait de SemaGroup,
Pierre Bonelli affirme clairement que Bull est et reste un
constructeur informatique. Pour lui, Bull doit se recentrer
sur son marché régional et ses atouts clés
résident dans la base de serveurs GCOS qu'il veut défendre
à tout prix, dans la nouvelle architecture multi-OS
FAME et les nouveaux serveurs à base de processeurs
Itanium 2 et, enfin, dans son engagement dans les logiciels
libres. L'activité de service reste liée aux
serveurs et aux infrastructures, et Pierre Bonelli veut que
sa marge passe de 7 % à 15 ou 20 % par une meilleure
gestion et par une spécialisation sur des segments
verticaux comme le secteur public, la défense et les
telcos.
Le constat : le déclin enrayé
Je constate avec plaisir que, pour la première
fois depuis des années, Bull a enfin un P-DG qui connaît
l'industrie informatique, qui n'a pas peur de parler de technologie,
qui peut vraiment comprendre ce que fait cette entreprise.
C'est un P-DG pour qui Bull n'est pas seulement une épine
entrepreneuriale dans le porte-feuille des participations
de l'Etat, et pour qui un ordinateur n'est pas que de la quincaillerie
de techniciens. Pierre Bonelli a traîné ses guêtres
dans ce secteur depuis plus de vingt ans et il sait de quel
enchevêtrement historique et culturel est faite l'industrie
informatique.
Avec 50 fois moins de chiffre d'affaires que
ses grands concurrents, Bull est un petit constructeur. Mais
avec des compétences tout le long de la chaîne
de valeur, des processeurs aux services, en passant par les
logiciels d'exploitation et le middleware, Bull a de bons
appuis pour rester le dernier constructeur informatique digne
de ce nom en Europe. Bull est une PME de 8 500 personnes qui
peut tirer son épingle du jeu à condition de
construire une stratégie industrielle qui n'est pas
pénalisée par son manque relatif d'effets d'échelles
et de mettre en uvre une stratégie commerciale
qui ne l'expose pas à la menace des grandes forces
de frappe marketing de ses concurrents.
Le nouveau management a accompli en six mois
un travail de remise à plat qui a permis de retrouver
les fondamentaux de l'entreprise que sont les compétences
technologiques d'une part et la base de clientèle d'autre
part. Il a aussi beaucoup travaillé à mettre
en avant les valeurs de discipline, de rigueur et de professionnalisme
qui contribuent à remettre l'entreprise sur les rails.
Le challenge : redonner une dynamique
à l'entreprise
L'entreprise tend à équilibrer
ses comptes et je ne demande qu'à être convaincu
de sa capacité à survivre. Mais je ne perçois
pas aujourd'hui comment Bull va s'y prendre pour gagner des
parts de marché. Quand j'écoute attentivement
l'équipe dirigeante, je ne vois finalement qu'une juxtaposition
de savoir-faire, de compétences et d'opportunités.
Mais quel est le moteur qui unit tout cela ? Pour aller de
l'avant contre la concurrence, le challenge est de mettre
au point une stratégie proactive de re-développement.
Avec le travail accompli depuis six mois, on
sent bien qu'une page a été tournée et
que le " Bull nouveau " est arrivé. A mon
avis, ce qui a été réalisé en
quelques mois par une opération quasi commando à
force de volonté et de discipline ne pourra se maintenir
et se développer que si l'entreprise se réapproprie
ces résultats et cette dynamique à tous les
échelons de la hiérarchie. Maintenant, la tâche
prioritaire est de re-dynamiser l'entreprise. Une nouvelle
stratégie est nécessaire, certes, mais il faut
aussi une nouvelle âme, une nouvelle ambition à
cette entreprise.
Le plan d'action : une
stratégie de reconquête
Si Pierre Bonelli me demandait mon avis, je
lui recommanderais de se mettre dans la peau d'un de ces nombreux
patrons de start-up ou de PME high-tech qui ont déjà
fait face à ce genre de situation avec peu de moyens
: la société arrive à la fin d'un cycle,
il faut rebondir, alors on sauvegarde ce qui doit être
conservé, on formule une nouvelle stratégie,
on donne à l'entreprise une vision de son avenir et
on développe un marketing de différenciation
pour garantir sa place au soleil. A mon avis, le plan d'action
comprend trois volets :
1. La méthode : concevoir une
stratégie de reconquête.
En remettant de l'ordre dans ses affaires, Bull s'est donné
les moyens d'exécuter une stratégie mais, paradoxalement,
il reste à l'entreprise à concevoir cette stratégie.
L'histoire de Bull me fait dire que le fil d'Ariane de cette
stratégie ne peut qu'être inspiré par
une volonté farouche de l'entreprise de reconquérir
sa fierté et son indépendance.
2. La clé : donner à Bull
une vision de son avenir. Pour
que Bull retrouve le chemin du futur il faut redonner à
l'entreprise les moyens de se projeter dans l'avenir. En un
mot, il faut formuler une vision. Pour cela, un des moyens
serait de créer un concept ou projet fédérateur
qui soit facteur de reconnaissance à la fois interne
et externe, et qui apporte à l'entreprise l'énergie
qui l'autorisera à avoir des ambitions stratégiques.
3. Les moyens : développer la
différenciation. Une stratégie
de reconquête ne s'appuie pas sur les mêmes efforts
qu'une stratégie de contention. L'une est plutôt
statique et demande essentiellement de la discipline et des
sacrifices alors que l'autre est beaucoup plus dynamique et
inventive. Une stratégie de reconquête s'appuie
sur des moyens offensifs.
- D'abord il faut des alliés
car, par définition, une reconquête a pour
point de départ une situation défavorisée,
il faut donc changer la donne grâce à des alliances
- Ensuite, il faut investir dans des
efforts d'exploration afin de découvrir les opportunités
qui redonneront de la croissance.
- Enfin, il est essentiel de consentir
à une certaine prise de risque en dehors du périmètre
défendu par des opérations ponctuelles destinées
à gagner progressivement des nouveaux marchés.
En un mot, Bull doit se doter d'un marketing
offensif qui orchestrera sa différenciation, seul moyen
de reprendre des parts de marché. Le marketing est
le moteur d'une stratégie de reconquête.
En conclusion, je dirais que, comme pour
toute entreprise, petite ou grande, start-up ou confirmée,
les investissements dans la technologie, c'est-à-dire
dans GCOS, dans FAME, dans les logiciels libres et dans les
services en ce qui concerne Bull, ne contribueront à
assurer l'avenir de l'entreprise que s'ils sont soutenus par
une dynamique interne forte et un marketing stratégique
créatif et offensif capables de leur offrir la place
qu'ils méritent sur le marché. ¤¤¤
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