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Conseils
pratiques pour entreprises high-tech / Real-world advice for
high-tech companies
enews du 27MAR03
L'indice
FTA 50 du secteur des NTIC en retrait de 3,8 % sur les six
derniers mois
Par Cédric Thomas
FronTier Associates
Copyright © 2003
La guerre en Irak qui se prolonge, la dégringolade
des places boursières depuis la crise des dotcoms,
l'endettement géant des opérateurs des télécommunications,
sont autant de menaces qui tournoient autour du secteur des
NTIC. Au fait, le secteur est-il bien en crise ? Et si oui,
de quel type de crise s'agit-il ?
Les indices du type CAC 40 ou Dow Jones ne
nous sont d'aucun secours car ils portent sur l'ensemble de
l'économie, suivre le Nasdaq ou le Nouveau Marché
ne nous avance pas plus car ces places sont tout aussi hétéroclites
et, en ce qui concerne le secteur des NTIC, elles n'en représentent
qu'un sous-ensemble. C'est pour en avoir le cur net
que nous avons développé l'indice FTA 50, une
sorte de CAC 40 du secteur high-tech mondial.
Méthodologie
La signification de l'indice
A l'image du CAC 40, l'indice FTA 50 représente l'évolution
de la capitalisation boursière d'ensemble d'un échantillon
d'entreprises à partir d'une date fixe (décembre
1987 pour le CAC 40, septembre 2002 pour le FTA 50).
La mise à jour de l'indice est trimestrielle
ce qui nous permet de faire le parallèle entre l'évolution
de la capitalisation et d'autres indicateurs économiques
tels que les chiffres d'affaires ou les effectifs. Ainsi,
le FTA 50 vient avec quatre autres indicateurs :
- l'évolution du chiffre d'affaires
(CA glissant sur les douze derniers mois disponibles),
- l'évolution des effectifs,
- l'évolution du rapport de la capitalisation
boursière au chiffre d'affaires,
- l'évolution du rapport du chiffre
d'affaires aux effectifs.
Ainsi, derrière l'indice de type financier
ou boursier, l'interêt du FTA 50 réside surtout
dans la mise en évidence de la réalité
économique du secteur. Le FTA 50 et les indicateurs
associés n'ont pas une vocation conjoncturelle ; plus
exactement, ils fournissent une photographie instantanée
des éléments structurels du secteur mondial
des NTIC à un moment donné.
Constitution de l'échantillon
Nous avons constitué un échantillon de réference
d'une cinquantaine d'entreprises qui nous paraissent représentatives
du secteur. Plus précisément, il y a 56 entreprises
dans cet échantillon : 8 constructeurs informatique,
5 constructeurs d'équipement de réseaux, 22
éditeurs de logiciels (dont 7 de moins de 150 millions
de dollars de chiffre d'affaires), 15 SSII et 6 opérateurs
téléphoniques.
Tous les indices sont biaisés par construction,
encore faut-il l'admettre. Le FTA 50 reflète notre
point de vue de cette industrie.
Les résultats
Résultats d'ensemble
La valeur de l'indice était de 1000 en septembre 2002,
elle est de 962 en mars 2003. Entre septembre 2002 et mars
2003, le chiffre d'affaires cumulé des entreprises
du FTA 50 est passé de 666 milliards de dollars à
689 milliards soit une augmentation de 3,4 % alors que dans
le même temps les effectifs sont quasiment restés
stables passant de 2,42 millions de personnes à 2,40
millions. La productivité (rapport du chiffre d'affaires
sur l'effectif) a augmenté de 4,2 %, en revanche, la
capitalisation boursière exprimée en multiple
du chiffre d'affaires est passé de 1,6 à 1,4.
Quels enseignements tirer de ces données
? Tout d'abord, avec une progression de plus du double de
celle de l'économie mondiale, le secteur des NTIC n'est
pas le plus sinistré. Ensuite, avec un niveau d'emploi
quasiment stable sur la période, on peut en déduire
que les grandes vagues de licenciements qui ont défrayé
la chronique ont été compensées par des
embauches plus discrètes, à moins qu'elles n'aient
été étalées selon un planning
très progressif.
L'évolution négative de l'indice
est donc plus le reflet d'un ajustement des perceptions boursières
qu'un indicateur des conditions économiques du secteur
qui, elles, présentent plutôt une tendance positive.
Les principaux indices par catégorie
Naturellement, en entrant dans le détail des catégories
d'entreprises, nous trouvons des résultats différents.
Les constructeurs et les éditeurs sont dans une situation
plutôt stable, voire en progression. Dans l'ensemble,
ils améliorent leur productivité et cela se
reflète sur l'évolution de la capitalisation
boursière. Les éditeurs de logiciels sont dans
une période de relative stabilité marquée
toutefois par une progression du chiffre d'affaires des grands
éditeurs. En fait, si, dans l'ensemble, l'indice des
capitalisations boursières a perdu 38 points (-3,8%),
cela est surtout dû au poids des opérateurs de
télécommunications dans l'échantillon
et à leur mauvaise évolution. Les SSII françaises
s'en sortent mieux que les SSII étrangères qui
ont connu un ajustement sévère sur la période.
Le tableau ci-dessous présente l'évolution
des principaux indices par catégorie :
| |
Capitalisation boursière
(indice mars 03*)
|
Chiffre d'affaires
(indice mars 03*)
|
Effectifs
(indice mars 03*)
|
| Constructeurs HW |
102
|
109
|
106
|
| Constructeurs Réseaux |
101
|
98
|
82
|
| ISV - 150M$ CA |
105
|
99
|
101
|
| ISV +150M$ CA |
100
|
106
|
99
|
| SSII - 1000 pers |
137
|
94
|
99
|
| SSII + 1000 pers étrangères
|
59
|
95
|
97
|
| SSII + 1000 pers françaises
|
97
|
97
|
94
|
| Telcos |
81
|
100
|
99
|
| Ensemble** |
962
|
1034
|
992
|
*indice 100 en septembre 2002,
**indice 1000 en septembre 2002
Les principaux ratios par catégorie
Les constructeurs présentent
des multiples de valorisation compris entre une et deux fois
leur chiffre d'affaires, ils sont positionnés entre
les éditeurs dont la valorisation est systématiquement
supérieure à trois fois leur chiffre d'affaires
et les SSII dont la valorisation est, au mieux, égale
à la moitié de leurs facturations.
Le tableau ci-dessous présente
les principaux ratios par catégorie :
| |
Capitalisation boursière
en multiple du CA*
|
Evolution du CA
par tête
(en %)**
|
CA moyen par tête
(en K$)*
|
| Constructeurs HW |
1,2
|
+3 %
|
326
|
| Constructeurs Réseaux |
1,7
|
+20 %
|
394
|
| ISV - 150M$ CA |
3,3
|
-2 %
|
138
|
| ISV +150M$ CA |
3,2
|
+7 %
|
356
|
| SSII - 1000 pers |
0,3
|
-5 %
|
74
|
| SSII + 1000 pers étrangères
|
0,5
|
-2 %
|
160
|
| SSII + 1000 pers françaises
|
0,4
|
+3 %
|
109
|
| Telcos |
0,8
|
0 %
|
270
|
| Ensemble** |
1,4
|
+4 %
|
287
|
*dernières données
disponibles en mars 2003, **mars 2003 par rapport à
septembre 2002
Zoom : De quoi dépend
la valeur d'une entreprise ?
C'est une question que se posent tous les entrepreneurs
et leur investisseurs*. Bien qu'une start-up ait très
peu en commun avec une entreprise cotée en
bourse, il n'en reste pas moins que les entreprises
qui appartiennent au même secteur d'activité
partagent les mêmes fondamentaux économiques.
Ainsi, l'échantillon des FTA 50 constitue une
population de référence à partir
de laquelle on peut élaborer une réponse
à cette question. Les deux constats suivants
viennent immédiatement à l'esprit :
- D'abord, très clairement,
le multiple de valorisation ne dépend pas du
chiffre d'affaires. En prenant deux extrêmes,
Red Hat a un multiple de 12 pour un CA de 84 millions
de dollars alors qu'IBM qui encaisse 82 milliards
de dollars par an a un multiple de 1,6 (ce qui n'empêche
pas IBM d'être la plus grande valeur de notre
échantillon). Inversement, il ne faut pas non
plus en déduire qu'un chiffre d'affaires modeste
prédispose à un multiple élevé
: Broadvision ne vaut qu'une fois son chiffre d'affaires
de 115 millions de dollars.
- Ensuite, le multiple de valorisation
ne dépend pas non plus nécessairement
de la rentabilité de l'entreprise. Par exemple,
Vignette vaut 2,5 fois son chiffre d'affaires mais
ses pertes sur les quatre derniers trimestres représentent
163% de ce chiffre d'affaires. La rentabilité
cède le pas à des considérations
stratégique liées au secteur d'activité,
à son évolution et au positionnement
de l'entreprise.
Si le chiffre d'affaires et la rentabilité
de l'entreprise ne suffisent pas à expliquer
leur valorisation, alors quels sont les critères
déterminants ? En analysant les résultats
par catégorie, nous découvrons que la
valorisation dépend plus du type d'activité
que de la santé financière de l'entreprise
:
- Comme on l'a vu ci-dessus, les multiples
de valorisation des SSII sont inférieurs à
une fois leur facturation alors que le multiple moyen
des éditeurs est supérieur à
trois fois leur chiffre d'affaires. Et pourtant, ce
sont les SSII qui font des bénéfices
alors que les éditeurs sont souvent dans le
rouge.
- Nous trouvons que l'effort de R&D
(dépense de R&D en pourcentage du chiffre
d'affaires) est la variable la mieux corrélée
avec le multiple de valorisation boursière.
Ce sont les éditeurs de logiciels qui investissent
le plus en R&D, soit 20% du chiffre d'affaires
en moyenne dans notre échantillon.
La leçon ce cet exercice est
double. D'une part, nous voyons que la valeur d'une
entreprise n'est pas tant déterminée
par ses résultats financiers que par des variables
économiques. D'autre part , il est clair que
dans ce secteur des NTIC, ce sont les entreprises
qui investissent le plus dans l'avenir (par la R&D)
et dont les business models présentent les
meilleurs effets de levier qui garantissent les plus
fortes valorisations.
*Pour ceux que cela
intéresse, il existe au moins deux excellents
ouvrages que je me ferai un plaisir de recommander
à ceux que quelques solides formules arithmétiques
ne rebutent pas.
|
Commentaire
Il est difficile de tirer de grandes conclusions sur l'avenir
du secteur simplement à partir de quelques chiffres.
Cependant, en mettant ces résultats en relation avec
ce que je perçois par ailleurs du secteur, je me hasarderais
à formuler deux ou trois commentaires.
Un secteur en transition
Tous d'abord, je ne pense pas que le secteur des NTIC soit
dans une dynamique de déclin. Bien sûr, il y
a des signes de maturation qui se traduisent par des mouvements
de consolidation. HP acquiert Compaq, IBM acquiert Rationnal
et demain, peut-être Microsoft absorbera Borland à
moins que ce ne soit Sun qui s'en charge. Mais je pense qu'il
s'agit plutôt d'une période de transition explicable
en grande partie par une logique interne au secteur ou, plutôt,
comme l'indiquent les résultats du FTA 50, par des
logiques propres à chaque catégorie d'entreprises.
En un mot, après quinze années de développement
sur leur propres architectures, les constructeurs sont en
train de négocier le virage vers les constituants standardisés
(ou COTS - Commodity Of The Shelf) ; les opérateurs
de télécommunications ont à gérer
leur énorme dette financière alors que, du coté
des ventes cela se passe bien, les SSII cherchent un nouveau
business modèle entre intégration de systèmes
et prestations de sous-traitance ponctuelles et les éditeurs
se cherchent face à la montée des nouveaux processus
open source et des technologies Java et .NET.
Les blocages de la demande
Bien sûr, les facteurs d'explication ne manquent pas
non plus du coté de la demande : il y a eu le sur-stockage
technologique de la fin des années 90, il y a eu les
évolutions trop rapides vers des applications et des
processus que les organisations n'étaient pas prêtes
à absorber, il y a eu des ressentiments à vis
à vis de pratiques commerciales jugées abusives
(technologies buggées, contrats de maintenance léonins,
tarifications excessives), il y a aujourd'hui l'inquiétude
que provoquent les risques de dépendance à l'égard
de fournisseurs. Je ne parle pas de la guerre en Irak qui
est pour moi plutôt un facteur aggravant sur une situation
qui s'est développée bien avant qu'on entende
les bruits de bottes.
Les voies de sortie de crise
Les investissements devraient repartir car, aujourd'hui, malgré
les hésitations de la demande, il y a de plus en plus
de besoins. A mon sens, les voies de sorties de crise pour
le secteur des NTIC passent par des solutions de moins en
moins coûteuses et de plus en plus respectueuses des
systèmes et des applications déjà en
place.
- Du coté des acheteurs, les
deux priorités me paraissent être d'investir
utile et de préserver les investissements. Les directions
informatique vont progressivement sortir du répit
dans les investissements qu'elles se sont, plus ou moins
volontairement, accordé. Mais elles vont retrouver
le chemin des commandes dans de nouvelles conditions, avec
des moyens plus mesurés et avec de nouvelles exigences.
- Du coup, les vendeurs, devront, d'une
part, privilégier les technologies les moins coûteuses,
en recherchant l'efficacité et la robustesse (ce
qui devrait favoriser des technologies standards comme Linux
et les COTS dans un premier temps puis ensuite les technologies
.NET) et, d'autre part, de mettre en place des systèmes
de facturation et de prix très souples en laissant
les acheteurs choisir la meilleure option (comme la location,
ou la facturation à l'usage, etc. qui permettent
une progressivité des dépenses et de les faire
passer en fonctionnement).
Conclusion
En conclusion, je pense que le
secteur des NTIC est bien plus dans une situation de renouvellement
que de déclin :
- Les NTIC sont peut-être en
train de perdre de leur prestige mais elles gagnent en diffusion
et en présence dans tous les moments de la vie professionnelle
et quotidienne.
- Le secteur sera de plus en plus déterminé
par des technologies plus simples (toute proportion gardée
!), plus standards, plus interopérables et plus robustes
et moins coûteuses.
- Le rebond du secteur ne sera complet
que lorsque les grandes firmes qui le contrôlent se
seront ajustées à ces nouvelles conditions.
- En attendant, de nouveaux vendeurs
vont pouvoir tirer profit de ces évolutions et des
opportunités qui en découlent.
J'estime qu'il va falloir encore au moins dix-huit
mois avant que ces évolutions structurelles se matérialisent
positivement dans les résultats des grandes entreprises
du secteur. Ainsi cette période de transition devrait
encore durer jusqu'au second semestre de l'année 2004.
¤¤¤
La prochaine mise à
jour de l'indice FTA 50 est prévue pour septembre 2003.
Une sélection
des principaux résultats et graphiques du dernier indice
disponible au format .pdf est téléchargeable
en cliquant
ici.
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