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Conseils pratiques pour entreprises high-tech / Real-world advice for high-tech companies
enews du 30JUN03

De la chimie humaine des sociétés high-tech

Par Cédric Thomas
FronTier Associates
Copyright © 2003

Le thème des ressources humaines est naturellement fondamental pour les entrepreneurs, les investisseurs… et les consultants. Dans mon métier, je suis systématiquement amené à travailler en fonction des caractéristiques des équipes en place, un peu comme les investisseurs qui, en dernière instance, misent sur des personnes.

La chimie des savoirs

Si le succès des start-ups de haute technologie repose sur 10% de technologie, 10% de marché … et 80% de chimie humaine (sans oublier 50% de chance pour faire bonne mesure ;-), alors la question est : mais sur quoi repose cette chimie humaine qui anime les personnes d'une entreprise ? Sur leur motivation, leur expérience, leur formation ? Il y a un peu de tout cela mais il y a autre chose aussi. La chimie humaine s'appuie d'abord sur des qualités individuelles intrinsèques mais elle les dépasse en quelque chose de collectif qui fait la différence entre les entreprises dynamiques et les autres.

Le plus souvent, dans les entreprises high-tech, la performance de chacun dépend principalement de sa capacité à faire face à une situation en évolution permanente, à s'adapter à des fonctions flexibles à géométrie variable, à des tâches très diversifiées souvent peu ou mal définies. En fait, dans ces entreprises, il est très difficile de dissocier la personne de son comportement professionnel car la plupart des fonctions demandent une implication de toute la personne. Et c'est cette implication qui détermine les capacités de réaction, d'improvisation, d'imagination, de création de chacun et, à partir de là, sa performance.

Il y a plus d'une demi-douzaine d'années déjà, Dominique Duflo, du groupe Cap Gemini, me faisait découvrir l'analyse des compétences selon la fameuse trilogie des savoirs. Chaque jour, je la reconnais à l'œuvre chez mes clients. Le premier terme de cette trilogie, le savoir stricto sensu, est défini comme la somme des connaissances acquises au cours des études ou de la vie professionnelle. Le deuxième terme, le savoir faire, est compris comme la capacité à appliquer ces connaissances dans un contexte donné, comme une maîtrise technique. Le troisième terme, enfin, est le savoir être, qui constitue comme la synthèse des savoirs et des savoirs faire en adéquation avec un environnement faisant appel à des qualités d'initiative et d'improvisation.

Quelques observations empiriques

Appliquée au petit monde de nos entreprises high-tech en évolution permanente, le triptyque des savoirs fourni une lecture très efficace des organisations. En particulier, il permet de comprendre pourquoi certaines personnes sont mieux adaptées à certains rôles notamment ceux qui sont plus déterminées par des savoir être que par des connaissances.

Chaque fonction, de la standardiste au P-DG, du développeur de base au Directeur Technique, requiert sa propre équation en termes de savoir, de savoir faire et de savoir être. J'ai remarqué par exemple que beaucoup de techniciens se permettent d'intervenir dans les sujets stratégique et marketing, alors qu'il est quasiment impossible à un commercial de se faire entendre sur des sujets techniques. Cela s'explique par le fait que les fonctions techniques demandent essentiellement un niveau élevé de connaissances (savoir) et d'expérience (savoir faire) alors que les fonctions marketing et commerciales fonctionnent plus largement au savoir faire et au savoir être. En effet, le savoir marketing et commercial est aisément accessible (on comprend rapidement les notions comme différenciation, segmentation, avantage compétitif, prospect, cycle de vente, etc.). Mais ce n'est pas parce que l'on connaît le vocabulaire que l'on possède les savoir faire et savoir être qui, dans les domaines marketing et commercial, déterminent vraiment l'aptitude professionnelle des personnes.

Autre exemple, on n'attend d'un P-DG qu'il " inspire " ses collaborateurs, qu'il ait une étape d'avance surt les autres, qu'il ait un projet pour l'entreprise, qu'il ait aussi un " carnet d'adresses " et qu'il sache négocier à haut niveau, mais certainement pas qu'il aille re-écrire des lignes de code (d'ailleurs, dans ce domaine, son savoir est souvent obsolète, et c'est normal). Ce que l'on attend chez un P-DG c'est donc plus un savoir être qu'autre chose. Plus précisément, un P-DG doit non seulement posséder un minimum de bagage technique, marketing et commercial, mais, au delà de la simple connaissance intellectuelle, il doit aussi faire preuve des savoir faire et savoir être correspondants exigés par sa fonction.

Cette analyse peut avantageusement passer de l'échelle de l'individu à celle de l'entreprise.

Les savoirs et savoir faire que l'entreprise développe de manière collective avec le temps sont, en fait, ce que d'autres ont identifié comme les compétences distinctives (ou " core competencies "). Chez un éditeur de logiciel, par exemple, ces compétences distinctives proviennent de sa pratique du développement (on voit bien quand on fait travailler des stagiaires ce qu'une connaissance universitaire technique a de parcellaire et d'insuffisant dans la pratique), de ses interactions avec les clients (une entreprise n'atteint son plein niveau de compétence que lorsqu'elle a déployé sa solution un certain nombre de fois chez des clients), de son organisation interne (comme l'habitude de travailler ensemble et de respecter certains process).

Le savoir être collectif

L'analyse en terme de compétences, aussi collectives et distinctives soient-elles, ne suffit pas à saisir la réalité d'une entreprise. Les entreprises d'exception ont quelque chose de plus, quelque chose d'assez indéfinissable qui réside dans ce que j'appellerai leur savoir être collectif. En effet, une entreprise, développe automatiquement une sorte de savoir être collectif fait de comportements, d'attitudes, de valeurs et de représentations partagés par tous les employés.

Cela rejoint, dans une certaine mesure, ce que l'on appelle aussi parfois la " culture " d'entreprise. Mais le savoir être collectif présente pour moi un caractère plus dynamique car il détermine la capacité de l'entreprise, comme force collective, à innover, à s'adapter à des situations nouvelles, à accepter le changement, à improviser, bref, à être plus compétitive. C'est le fil d'Ariane qui explique, par exemple, l'aptitude à l'initiative ainsi que bien d'autres comportements dans une entreprise. La qualité de ce savoir être collectif est un facteur de succès décisif ; il est la vraie mesure de la dynamique de l'entreprise et, pour les start-ups, c'est une partie non négligeable de la valeur de l'entreprise. Le savoir être collectif se construit soi-même progressivement et, le plus souvent, de manière implicite, mais il me semble qu'il relève de la responsabilité de l'équipe dirigeante de l'entreprise de le déterminer et de l'expliciter. Le succès d'une équipe dirigeante dans ce domaine dépend sans doute de la force de ses propres savoir être individuels.

Je suis convaincu que dans les entreprises high-tech, indépendamment de facteurs exogènes comme la taille du marché, l'évolution de la technologie ou la concurrence, c'est la combinaison spécifique de compétences rares et d'un savoir être collectif adapté qui, par son caractère unique et inimitable, fait vraiment la différence et la vraie valeur de l'entreprise. ¤¤¤

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San Francisco
06/01/09
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