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Conseils pratiques pour entreprises hight-tech / Real-world advice for high-tech companies
enews du 21JAN03

Vous vendez des produits. Mais quelle est votre stratégie de services ?

Par Cédric Thomas
FronTier Associates
Copyright © 2003

Dans le monde des NTIC, les produits sont complexes, surtout ceux qui sont destinés aux entreprises. Qu'il s'agisse d'un progiciel de gestion de contenu, d'un serveur d'agrégation de web services, d'un outil de développement d'application, d'un système de workflow, ou bien de serveurs .NET ou Linux, rien ne s'installe ou ne s'utilise tout à fait intuitivement. Le plus souvent l'utilisateur qui est banquier, assureur ou industriel n'a pas les compétences pointues requises par le produit. Et, même s'il y a dans l'entreprise un service informatique efficace et étoffé, il ne pourra jamais détenir tous les savoir-faire nécessaires. Pour toute vente de produit il existe donc un besoin d'accompagnement par du service.

Comment vendre le service
Il n'est pas rare que les petites sociétés qui se positionnent comme vendeurs de produits ne facturent pas leur service. Il y a deux raisons à cela. La première, de loin, est que ces entreprises estiment ne pas être en position de surcharger leur prix de vente par une prestation de service, à moins que la gratuité du service ne soit utilisée comme un argument de compétitivité face à la concurrence, ce qui revient au même. La deuxième raison est qu'elles ne prennent pas la peine de valoriser leurs services car elles les conçoivent un peu comme un mal nécessaire, une sorte de tare de leur produit.

Pour pouvoir faire payer son service, il faut que la demande soit solvable. Ainsi, je recommande à toute entreprise qui envisage de facturer correctement un service en accompagnement d'un produit de réaliser sur son offre de services le même travail de positionnement marketing que sur son offre de produits. L'objectif est de mettre en avant la valeur ajoutée et les bénéfices que ces services apportent au client, voire d'identifier un ROI, afin de permettre un véritable de vente.

La chaîne de valeur des services
Car il en faut des expertises : choisir la solution technologique puis le produit et le fournisseur, c'est déjà toute une étape à franchir, puis viennent immanquablement des prestations spécifiques liés à l'interconnexion du produit avec son environnement, la récupération et le formatage des données, l'adaptation des interfaces, enfin il faut former les utilisateurs, du technicien informatique qui pilotera le produit au comptable ou à l'agent de guichet qui en sera le véritable utilisateur final. Et ce n'est pas tout, il faut être là pour répondre aux questions des clients quand le produit doit évoluer ou si un problème de fonctionnement survient. Et si le produit a un impact sur le métier de l'entreprise ou sur ses processus il faut avoir prévu les conséquences et en accompagner les développements.

En un mot, à coté de la chaîne de valeur du produit à proprement parler (R&D, production, logistique, commercialisation, etc.) c'est une véritable chaîne de valeur des services qui doit être mise en place en parallèle.

Stratégie produit ET stratégie service
Ce n'est pas parce que le produit est insuffisant, mal fini (ça arrive pourtant…) ou trop exotique (ça arrive aussi…) qu'il nécessite du service pour être pleinement mis en œuvre. Comme pour toute offre packagée un peu complexe, c'est dans la nature même des produits de haute technologie de requérir un accompagnement de service.

Du coup, si un produit de haute technologie doit systématiquement être complété par une offre de service, alors les services font partie intégrante de l'offre de produit. Cela veut dire que les services apportent de la valeur au client tout comme le produit. Cela veut dire que les services peuvent (et doivent !) contribuer au chiffre d'affaires et à la marge tout comme le produit. Et cela veut donc dire qu'il ne peut y avoir de stratégie de produit sans stratégie de service. En d'autres termes, j'estime qu'une stratégie de produit est incomplète (et vouée à l'échec) si elle ne contient pas un volet service au moins aussi conséquent que le volet produit.


Les grandes catégories de service
Le rôle du service est de maîtriser la complexité du produit (ou, si vous voulez, de la faire passer comme le sucre fait passer la pilule). De ce point de vue, il y a me semble-t-il au moins trois complexités à maîtriser. La première est la complexité inhérente au produit lui-même, la deuxième est celle qui est induite par les interactions du produit avec le système d'information dans lequel il s'insère et la troisième découle des conséquences pour l'utilisateur ou le client de la mise en œuvre du produit.

Cette approche me conduit à distinguer trois grandes catégories de service que j'appelle les Services plate-forme, les Services d'intégration et de mise en œuvre et les Services métier. Chaque catégorie de service a sa propre logique industrielle et stratégique.

Les services plate-forme
Ce sont les services rendus nécessaires par la complexité inhérente au produit, comme l'expertise technique, le développement d'extensions, le paramétrage, la mise en production du produit, etc. La compétence nécessaire pour assurer ces services réside naturellement chez le développeur du produit à moins que celui-ci ne choisisse de passer par un réseau de partenaires qu'il aura formés et qu'il aura sélectionnés par un système de certification.

Les services d'intégration et de mise en œuvre
Ce sont des services qui requièrent la maîtrise de produits tiers et une connaissance de l'environnement hétérogène dans lequel le produit doit fonctionner. Ces services sont largement déterminés par des contraintes techniques propres au client utilisateur, aussi les éditeurs de logiciel ou les constructeurs de matériel ont intérêt à les sous-traiter à des partenaires proches du client comme les SSII, les VARs ou les Web agencies.

Les services métier
C'est pour maîtriser ces services et compléter leur chaîne de valeur que les grandes SSII ont fusionné avec des grands cabinets de consultants (EDS et AT Kearney, Cag Gémini et Ernst & Young, etc.). Ce sont des services qui reposent sur la capacité à comprendre le business model d'une entreprise et à apprécier quelles sont ses sources de productivité (d'ou vient la marge) et ses facteurs de compétitivité (comment elle maintien ou développe ses parts de marché).

Développer une stratégie pour les services
Pour implémenter une stratégie de service, il faut mettre en évidence les conditions de réussite sur chacun des segments de la chaîne de valeur des services et décider dans quelle mesure il est préférable d'internaliser cette offre ou de la confier à des partenaires.

Le développement d'une stratégie service passe, à mon sens, par quatre étapes :

1. Identification
Identifier les prestations par l'analyse des principales affaires (ou les affaires les plus représentatives) déjà conclues et donner une priorité à chaque service : est-il critique dans le gain de l'affaire ? apporte-t-il de la valeur au client ? est-ce que le client attend que ce service vienne de nous ? est-ce un service rentable ou bien est-ce un mal nécessaire ? C'est un travail à mener avec les commerciaux.

2. Evaluation

Evaluer les avantages comparatifs sur chaque service : quels sont les facteurs de succès ou de compétitivité ou de succès sur ce service ? quels prestataires sont les mieux positionnés, ont les meilleures compétences ou références pour ce service ? avons-nous intérêt à travailler avec eux ? conservons-nous néanmoins la maîtrise du client ?

3. Positionnement

Il s'agit de développer le marketing des services : positionner et bien formaliser le contenu et les bénéfices apportés par les services au cœur de l'activité, créer les outils de communication, développer un programme de partenariat (y compris de certification) pour les services à sous-traiter ou à transférer à des partenaires. Une approche en termes de "solution" (bien que le concept soit très galvaudé) est bien souvent la meilleure manière de combiner une activité de service avec une activité de produit.

4. Exécution

Il s'agit enfin d'affecter les responsabilités, voire de créer les postes adéquats, de mobiliser les ressources internes en positionnant clairement le service dans la chaîne de valeur de l'entreprise, de mettre en place les formations et de développer et d'animer le réseau des prestataires pour les services externalisés.

En simplifiant, on pourrait dire que les seuls services que les offreurs de produit ont intérêt à internaliser sont les services plate-forme. Mais ce serait aller trop loin car l'expérience montre bien que les services plate-forme peuvent être confiés à des tiers (c'est ce que fait aujourd'hui Microsoft avec .NET) alors que certains services d'intégration, voire des services métier, peuvent continuer d'être assurés par l'offreur de produit, au moins en attendant qu'une offre tierce se mette en place (c'est ce que fait HP avec son offre Utility Data Center très fortement supportée par HP Consulting).

En conclusion, un fournisseur de produits doit être conscient des trois grandes catégories de services qui accompagne son offre, il doit en connaître les enjeux et les prendre en compte dans sa stratégie. Cependant, il n'a pas toujours intérêt à couvrir toute la chaîne de valeur des services. Il doit se concentrer sur les services critiques dans l'acte de vente et pour lesquels sa valeur ajoutée est la plus forte et son avantage compétitif le plus marqué.. ¤¤¤

San Francisco
06/01/09
01:49:36