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Conseils
pratiques pour entreprises high-tech / Real-world advice for
high-tech companies
enews du 15NOV02
Sinistrose dans la Valley
: c'est l'heure des stratégies de crise
par Cedric Thomas
FronTier Associates
Copyright © 2002
Rien de tel qu'un petit tour sur place pour
se rendre compte à quel point le climat de la Silicon
Valley est déprimé. J'ai ainsi pu constater
de visu début octobre que les mètres carrés
de bureaux vides ne se comptent plus le long de la fameuse
autoroute 101. Le siège d'Informix n'a toujours pas
été repris et les anciens bâtiments de
Sun, qui a regroupé son campus à Santa Clara,
sont déserts. Pire, sur University Avenue, au cur
de Palo Alto, des pancartes sur les vitres annoncent "
space available " à répétition.
Du fait de l'importance du secteur high-tech dans la région,
la crise des dotcoms se traduit pas un impact particulièrement
fort à travers tout le tissu social. Beaucoup de gens
qui étaient venus dans la Silicon Valley sont repartis.
On comprend comment les villes fantômes se sont créées
dans ce pays. Il me semble qu'en plus de vingt ans de pratique
de la " Valley " je n'ai jamais vu ça !
J'ai discuté avec quelques vieilles
connaissances qui vivent dans la région depuis les
années 80, des investisseurs comme Nicolas El Baze
de Partech International et Robert Troy de Geneva Venture
ou notre partenaire Josh Greenbaum, analyste et consultant
principal de Enterprise Application Consulting. Pour eux la
situation est la suivante. La Silicon Valley subit de manière
amplifiée une triple crise : crise technologique après
le surinvestissement des années dotcom, crise de confiance
avec les affaires comme Enron et Worldcom et crise politique
avec les incertitudes de la politique de George W. Bush qui
n'est pas particulièrement populaire en Californie.
Et tout cela a un impact sur le comportement des VCs, à
commencer par le fait que, comme ils ont tout loisir de faire
leur due diligence, les signatures prennent beaucoup plus
de temps. Chez certains VCs, les principaux partenaires qui
sont coincés sur des investissements sans perspective
de revoir leur argent avant au moins deux ans en profitent
pour prendre leur année sabbatique.
Pourtant, comme toujours dans cette région
il y a des signes très positifs. L'esprit de la Silicon
Valley est encore bien présent et, bien que notablement
" downsizé ", tout le dispositif reste en
place : on sent bien qu'il suffit d'un petit souffle pour
que tout reparte. Les avancées technologiques ne manquent
pas et il y a encore énormément de besoins en
informatique et en électronique. De plus, Silicon Valley
oblige, on rencontre (presque) autant d'entrepreneurs que
d'habitude. Il n'y avait qu'à participer au cocktail
mensuel des francophones de la Valley, DBF, pour le constater.
Tout se passe comme si la région avait eu besoin d'un
bon coup de balai et qu'elle est maintenant en train de retrouver
les fondamentaux qui ont fait sa force. Chez les VCs, le deal
flow s'améliore, bien sûr ce n'est pas le raz
de marée, mais la qualité des projets est nettement
meilleure qu'avant l'été.
La question que tout le monde se pose : encore
combien de temps avant l'embellie ? De un à trois an
selon nos experts précités. Autant dire que
la situation est encore fragile et incertaine. Alors, pour
faire face, les projets d'entreprises doivent s'adapter, c'est
le retour en force de la " real politik " en matière
de business plan.
En France, la situation va nécessairement
évoluer en parallèle. France, Silicon Valley,
même combat ! Je pense que la crise va contribuer à
ramener à six ou douze mois un retard qu'on évaluait
normalement à deux fois plus. Ici aussi la prudence
est de rigueur, ici aussi les investissements des années
dotcom sont difficiles à digérer. Alors il faut
sans attendre tirer les conséquences des messages de
la Silicon Valley.
Pour avoir une chance de traverser la crise
il faut mettre en uvre des stratégies et des
business plans de crise. En pensant aux entreprises avec lesquelles
je travaille en ce moment, voici mes cinq recommandations
pour un business plan de crise :
1. Préserver le cash avec une
structure de coût en régime minimum
Une fois que les dépenses en communication (salons,
séminaires et autres dépenses diverses de promotion
qui peuvent être assez coûteuses) ont été
ajustées, c'est généralement le poste
salaires qui reste le plus élevé. Il n'y a de
place dans l'organigramme que pour les postes qui, chacun
à son niveau, apportent une valeur essentielle à
la société, les autres sont en surcharge...
2. Construire un roadmap avec des produits
rapidement vendables
L'offre doit être structurée de manière
à permettre des signatures d'affaires rapides et simple.
Il faut bannir le tout ou rien, le " un deal à
100 K€ sinon rien !" J'estime que ce sont des deals
qui entrent dans des processus de décision trop longs
et trop risqués. Il faut donc créer un effet
de gamme avec des offres plus ou moins complexes en fonction
de cet impératif.
3. Ne pas dépendre des écosystèmes
technologiques émergeants
La mobilité, les Web services, sont des exemples types
de technologies nouvelles qui nécessitent la mise en
uvre d'un écosystème complexe fait de
standards, d'offres et de compétences complémentaires
provenant de vendeurs divers qui n'ont chacun qu'une bribe
de la solution. Je recommande à mes clients des moyens
pour s'affranchir de ces contraintes.
4. Privilégier le marketing et
les ventes qui vont générer du cash
Aujourd'hui, la priorité c'est la validation par le
marché, l'heure n'est pas au développement de
technologies révolutionnaires pour demain, mais plutôt
à la commercialisation. C'est le marketing qui crée
des produit adaptés à la demande et ce sont
les vendeurs qui les transforment en liquidités pour
l'entreprise. C'est dans cette direction qu'il faut orienter
les dépenses.
5. Ne pas compter sur un effet favorable
de la demande du marché
Le marché souffre de sur-stockage technologique. Trop
de technologie tue la technologie et le balancier est actuellement
du coté de la rigueur budgétaire. Il faut donc
développer des positionnements et des offres extrêmement
bien différenciés et ajustés à
des besoins à court terme.
Bien sûr, ces recommandations ont les
avantages et les inconvénients des mesures de crise.
Elles privilégient le court terme, mais pour toutes
les entreprises avec lesquelles je travaille aujourd'hui l'urgence
est bien là : il s'agit de traverser la crise. Pour
le moment on fait attention. Mais une stratégie, ou
un business plan n'est pas figé dans le marbre. On
remettra les gaz dès on y verra plus clair. C'est promis.
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